Télécharger Flash Player Fondation des écoles de la deuxième chance

Pourquoi / Témoignages

 

Alexandre SCHAJER est Directeur Général du Centre de formations en alternance de Châlons-en-Champagne, qui pilote l'Ecole de la 2e Chance en Champagne Ardenne. Cette Ecole assure la présidence actuelle du "Réseau E2C France", association qui regroupe les 8 écoles en fonctionnement.
L'association a été créée en juin 2004 avec trois objectifs prioritaires :
• La rédaction d'une charte des principes fondamentaux qui structurent une Ecole de la 2e Chance. Celle-ci constitue le socle commun sur lequel s'engage chaque Ecole et permet d'engager les processus de validation des nouvelles Ecoles.
• Le partage des ressources et des pratiques pédagogiques dans le but de définir une validation commune du portefeuille de compétences acquises par les jeunes qui suivent un parcours E2C.
• La constitution d'une base de connaissances et d'expériences aptes à favoriser la promotion du dispositif et à soutenir tout nouveau projet d'Ecole en France.
En 2004, précise Alexandre SCHAJER, les 8 Écoles de la 2e Chance ont accueilli 1 537 jeunes sans qualification et sans emploi d'une moyenne d'âge de 20,3 ans. Conformément aux principes du dispositif, 92 % des jeunes entrants dans les E2C n'avaient pas validé un niveau V (niveau CAP) de qualification et 53 % n'avaient jamais eu d'expérience professionnelle en entreprise. La part des habitants en zone urbaine forme l'essentiel des effectifs : 93 % des jeunes résident en zone urbaine, et 39 % d'entre eux dans les quartiers de "politique de la ville".
Pour les jeunes sortis du dispositif, le taux de sortie positive, soit vers une formation qualifiante soit vers l'emploi, s'est établi à 64 %. Ce taux se partage par moitié entre les sorties en formation et les sorties vers l'emploi. A noter la part des sorties en alternance (contrats d'apprentissage et/ou de professionnalisation) qui représentent 11 % du total des sorties.

Alexandre SCHAJER
Président du Réseau E2C France
Jean-Louis REIFFERS, Président de l'E2C de Marseille, en prenant à son tour la parole, évoque le risque pour la société de laisser se développer une catégorie d'exclus du système éducatif traditionnel. Il reprend le chiffre annoncé par Edith CRESSON de 150 000 jeunes qui sortent du système éducatif sans diplôme, en évoquant la fragilité de ces publics qui, pour certains, "ne savent plus tenir un crayon en arrivant sur l'école".
Associé à la réflexion dès 1995, avec Edith CRESSON, quant à cette marginalisation des publics jeunes sortis du système scolaire traditionnel, Jean-Louis REIFFERS revient sur les valeurs fondatrices qui ont prévalu lors de la création du concept, européen et novateur, d'Ecole de la 2e Chance :
• reconnaître que ces jeunes ont des compétences informelles et qu'ils développent des savoirs qui ne sont pas reconnus comme savoirs légitimes dans la mesure où ils n'ont pas été validés de façon académique,
• S'assurer d'un mode de fonctionnement décentralisé, hors des systèmes scolaires traditionnels, soutenu par des initiatives locales, avec l'aide des fonds européens.
L'entreprise, clé de voûte du projet, s'est rapidement associée au concept en dépit de l'idéologie traditionnelle du "diplôme". Elle a reconnu la dynamique particulière du dispositif et la capacité de développer les compétences informelles de ces jeunes.
Jean-Louis REIFFERS rappelle l'importance de la participation des collectivités qui, indépendamment de leur couleur politique, ont su se rapprocher de ces publics en soutenant la création des écoles. Les équipes pédagogiques, quant à elles, n'ont pas ménagé leurs efforts pour mettre en place de véritables "institutions", capables de transmettre des savoirs, de les évaluer et de mettre en place un accompagnement solide vers le monde du travail.

Jean-Louis REIFFERS
Président de l'Ecole de la 2e Chance de Marseille
Annie KUJACIK souligne que les E2C font la part belle aux nouvelles technologies de l'information et de la communication comme outil de prospection, d'information et d'individualisation. C'est aussi au caractère "ludique" de l'outil qu'il est fait appel lors du réapprentissage de certains savoirs de base. Il donne à chacun le temps nécessaire à l'apprentissage, il tient compte des rythmes d'acquisition des jeunes en formation, il fournit des instructions personnalisées pour chaque stagiaire.
Les nouvelles technologies permettent d'apporter des solutions "sur mesure" dans le cadre des pratiques d'individualisation. Pour autant, l'outil informatique n'est qu'un outil parmi d'autres, et il ne peut être déconnecté de l'objectif de sortie et du projet du jeune. L'outil doit donc être maîtrisé par l'équipe pédagogique pour l'élaboration d'un parcours, d'un chemin suivi ensemble, qui prend place dans l'histoire de deux vies : celle de l'accompagné et celle de l'accompagnateur.

Annie KUJACIK
Dominique DUJARDIN rappelle que l'Ecole est un lieu où les questions de rapport au savoir sont particulièrement prégnantes, savoir de base, savoir-faire et savoir être et tendent à démontrer la valeur heuristique de la construction et de l'acquisition des compétences. La compétence est ici basée sur un enjeu majeur, l'employabilité, au travers de la ponctualité, de l'assiduité, de la maîtrise du langage. Car l'enjeu est humaniste, certes, mais ne peut se dissocier de l'enjeu économique et d'une réelle qualification pour l'entreprise.
L'individualisation des formations représente l'un des courants d'évolution des pratiques de formation. Elles combinent dans leur principe de fonctionnement, selon Dominique DUJARDIN et Annie KUJACIK des parcours de formations adaptés et des modes d'apprentissage diversifiés. Pour autant il ne s'agit en aucun cas d'établir une relation deux à deux entre le stagiaire et le formateur. Apprendre n'est pas une activité solitaire, le groupe, son dynamisme, la qualité des interactions ont un rôle important dans cette forme de pratique.
L'alternance avec l'entreprise dans la construction du projet professionnel est un autre élément
essentiel de la démarche pédagogique des E2C.

Dominique DUJARDIN
Directeur de l'E2C de l'Essonne

Lionel URDY insiste sur l'importance de l'intégration des entreprises dans les dispositifs E2C, en dépit des réticences à accueillir ce public considéré comme loin de l'emploi. Lionel URDY indique qu'à l'E2C Marseille a été créé un nouveau profil de poste, le chargé de mission entreprise, qui participe à la construction du parcours du jeune au même titre que le formateur référent. Ce chargé de mission entreprise a un double rôle : transférer sa connaissance du monde de l'entreprise et du monde du travail auprès des jeunes et les aider à affiner leurs projets professionnels. Le Partenariat avec les entreprises a nécessité la création à l'E2C Marseille d'un pôle entreprise d'une dizaine de personnes, en liaison permanente avec les 1 600 entreprises partenaires de l'E2C. Le témoignage de Lionel URDY est renforcé par celui d'Hassan El BOUOD, lui-même chef d'entreprise, qui, dès la création de l'Ecole de Marseille, a tenu à ce que le monde de l'entreprise s'associe au dispositif, avec l'appui du service insertion de la CCI de Marseille, qui compte 35 personnes travaillant sur les questions de l'insertion et de l'emploi.

Lionel URDY
Directeur de l'E2C de Marseille

Olivier JOSPIN considère que les E2C doivent valoriser ce partenariat, essentiel à l'orientation professionnelle des stagiaires. Les compétences acquises par les jeunes en formation doivent donc répondre aux attentes spécifiques des entreprises. L'Ecole de Seine Saint-Denis travaille à la mise en place d'un "portefeuille de compétences", qui évaluera les situations professionnelles du stagiaire tout autant que ses acquis sur les savoirs de base (maths, français, informatique). Pour Olivier JOSPIN, le stagiaire doit devenir, en quelque sorte, un spécialiste de la validation des acquis de l'expérience (VAE) et bénéficier d'une "méthode clé" pour continuer sa vie professionnelle, accéder à de nouvelles qualifications reconnues par la valeur de l'expérience acquise. L'organisation de ce parcours, qui doit faire partie intégrante des modalités de travail, pose la question d'un accompagnement spécifique, réelle valeur ajoutée des E2C.

Olivier JOSPIN

Alain GOEPFERT, fort d'une expérience de 20 ans dans la formation professionnelle, précise que ce terme d'accompagnement, qu'il considère aujourd'hui comme fondamental, n'existait pas lorsqu'il a débuté sa carrière. Il évoque, au travers de cette pratique, la recréation du lien social. L'accompagnement est une action qui doit s'inscrire dans la durée et s'enraciner dans un système d'échange et de réciprocité entre le stagiaire et son formateur.
C'est un travail de restructuration des identités, un nouvel ancrage dans le tissu social, à l'image de ces jeunes qui, souvent, ont perdu confiance en eux. Cette relation "humaine", poursuit Alain GOEPFERT doit donner un nouvel éclairage sur la situation des jeunes accueillis par l'Ecole. Il faut miser sur leurs capacités à développer leurs ressources propres, leurs capacités d'initiatives et de choix, leur possibilité, enfin, de bâtir un projet de vie.
L'Ecole de Mulhouse se considère comme la "moins école de toutes les écoles présentes" dans la mesure où, pendant les deux premiers mois de formation, le stagiaire va se confronter, à l'effort, au travail et à la fatigue, dans des activités d'apprentissage de base. Car il faut calquer l'apprentissage du jeune sur la réalité d'un univers professionnel fondé sur la performance.
Le doute reste donc permanent sur la mise en place de la logique d'accompagnement, tant il est difficile de mettre en exergue des registres distincts d'intervention. Et de varier en permanence les supports pédagogiques permettant de mener à bien les exercices comportementaux, comme, à titre d'exemple, l'organisation par l'E2C Champagne Ardenne d'une régate entre Lorient et La Rochelle, apprentissage du milieu marin et maritime, mais aussi de la vie en communauté et des règles qui s'y imposent.

Alain GOEPFERT
Directeur de l'E2C de Mulhouse

Dominique BIED- HUYGHE
chargée de mission projet professionnel E2C Roubaix

Agée de 55 ans, de formation E.D.H.E.C., après une brève étape dans le domaine de l’administration des ventes, mon parcours professionnel m’a permis d’évoluer dans le domaine de la formation et de l’accompagnement :
Pendant 7 ans dans l’environnement de la formation (statistiques, techniques de commercialisation, définition de projet professionnel) j’ai pu former des publics diversifiés : jeunes de 16 à 22 ans en formation initiale (niveau BEP à BAC+5), et adultes salariés en formation continue.
Dans l’accompagnement (au sein de différents Cabinets RH), j’ai pu, pendant 13 ans : réaliser des bilans de compétences, coordonner des dispositifs « antenne emploi » lors de plans sociaux, aider les demandeurs d’emploi à sortir de leur isolement et à reprendre confiance en eux, leur apporter un accompagnement régulier et soutenu (en collectif et en individuel) en favorisant la mise en place de liens solides durables entre tous les acteurs locaux (ANPE, AFPA, DDTEFP…) .
Dans cette mission d’accompagnement, j’ai toujours cherché à aider les personnes qui avaient le plus de difficultés (pas ou peu de formation initiale, handicap, âge, problèmes personnels...) et j’ai beaucoup apprécié cet échange et ce suivi de plusieurs mois, en observant leur progression.
J’ai pu constater que ces personnes progressaient dans leur confiance en eux, et que tout naturellement, ils menaient alors une recherche active d’emploi qui leur a permis, pour bon nombre d’entre eux, de trouver une solution d’emploi durable.
Pour ceux que j’estimais en trop grande difficulté, je leur proposais une orientation différente, avec des spécialistes qui pourraient les aider dans leur problématique.
Lorsque j’ai appris que s’ouvrait à Roubaix une Ecole de la deuxième chance, j’ai rapidement proposé une offre de service : en effet, accompagner des jeunes qui n’ont pu, pour des raisons diverses, poursuivre un parcours scolaire « normal », les aider à reprendre confiance, à réaliser un bilan personnel pour définir un projet professionnel, leur apprendre comment accéder à l’emploi, est un challenge qui m’intéresse énormément et qui me motive. Cette mission était pour moi la continuité logique de ma mission de formation et d’accompagnement, plus orientée vers l’aide aux personnes en difficulté qui me motivait.
J’ai ainsi intégré l’E2C de Roubaix en février dernier :
C’est une mission passionnante : elle me permet de travailler avec les jeunes sur leur savoir être, au travers d’exercices simples, mais également sur leur savoir faire développé non seulement au cours de leurs stages professionnels, mais également dans leur vie personnelle.
Faire le bilan de leur passé, en valorisant les réussites, mais également en les aidant à réfléchir sur les difficultés (ou les échecs) rencontrés, et comment ceux-ci ont pu les faire « grandir », leur permet de bien se connaître, de connaître leurs motivations profondes pour ainsi définir un projet professionnel adapté à chacun.
Mon objectif final est de les aider à intégrer un poste qui leur donne pleine satisfaction, et pour lequel « ils se lèveront le matin en étant contents d’aller travailler » !
Yoann MASCART
Chargé de Mission Entreprises E2C Grand Lille
Diplômé d’une maîtrise d’Information et Communication, j’ai débuté ma carrière chez Décathlon au poste de Chef de projet, dans le domaine de la communication interne et de l’événementiel. J’ai ensuite rejoint la Banque Populaire, au titre de Chargé de communication, puis Banque Accord, filiale du Groupe Auchan, en tant que Responsable communication interne.
Fort de ces expériences en relations humaines et après un court passage au Cours Florent à Paris, j’ai décidé de donner un nouveau sens à ma carrière, en rejoignant une structure dont je partageai à la fois les valeurs et le projet social.
J’ai rejoint ainsi l’Ecole de la Deuxième Chance Grand Lille en janvier 2008, où je suis en charge des relations entreprises et du suivi pédagogique de plusieurs stagiaires.
C’est pour moi un réel plaisir de me lever chaque jour en me disant que je permettrai peut être à des jeunes de trouver un emploi. L’accueil très positif des entreprises est également très appréciable dans cette mission, que j’ai la chance d’exercer avec beaucoup d’autonomie. Ma grande satisfaction : entendre des chefs d’entreprise me dire « des jeunes comme eux vous pouvez m’en envoyer tous les mois » !

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